Bonjour à tous,

Comme je l'avais annoncé, ce stop au Cambodge a
essentiellement été dédié à des actions de solidarité.
J'avais récolté des fonds via ce blog auprès de mes amis et de mes proches.
L'association Pouma Koh Dach, les amis de Koh Dach, m'a beaucoup aidé et orientée pour pouvoir réaliser cette mission en quasi autonomie.
Chaque centime a été dépensé en direct par mes soins et a servi pour l'instant à rénover la classe de maternelle de l'école du Wat Koh Dach (voir articles précédents), mais également à
apporter des vivres à des femmes isolées, agées et/ou malades.
En effet, on pense souvent aux enfants, mais la vieillesse et la maladie sont également très difficiles dans un pays aussi pauvre que le Cambodge...
Le reste de la somme servira la rénovation et l'aggrandissement de la maternité. Mais ça, c'est une autre histoire ;-)
Je suis donc partie sur l'ile de la soie, alias Mekong Island, Koh Dach en khmer, à quelques km de Phnom Penh.
L'association m'avait indiqué des personnes à aider, qui avaient été identifiées auparavant, grace au voisinage, au marché etc, et tout particulièrement par Vana, l'épouse cambodgienne de Roger, le
président de l'association.
La pauvreté au Cambodge est omniprésente. Et il est difficile de savoir où commencer tant les conditions de vie semblent difficiles pour notre regard d'européens.
Ici les critères sont les suivants :
- Femme seule / isolée
- Agée et/ou malade

En effet, il ne s'agit pas de faire de
l'assistanat, mais d'améliorer le quotidien de personnes en difficulté. Et sur une ile comme Koh Dach, etre isolé pose de vraies difficultés.
Les pauvres ici mangent essentiellement de la brisure de qualité inférieure, équivalente à nos sacs de brisures de riz pour animaux. Elle coûte 300 riels le Kg ,mais pour qu'elle tienne un peu à
l'estomac 400 grammes sont nécessaires par jour et par personne !
Vana, lors de sa première tournée de distribution de vivres, avait décidé de donner 25 kilos de bon riz, de l'huile, de la sauce soja et du poisson séché. J'ai donc décidé de faire préparer la même
chose, un "panier vana" comme je l'appelle. Cela coute environ 20$, et permet de nourrir une personne pendant 3 mois environ.
J'ai donc rencontré 6 femmes d'age et de situations différentes.
Chacune a son histoire. Chacune est isolée. Chacune m'a touchée.
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Srey Sal :
Elle habite le long de la route principale.
Son histoire est simple.

Veuve très jeune,
elle s'est ensuite ruinée pour soigner sa mère malade pendant trois ans...
Seule avec deux enfants analphabètes, elle est à son tour malade. A priori l'hépatite et la tuberculose associée ...
Elle m'a reçue dans sa maison. Enfin... dans sa cabane en bambous. S'excusant de ne pas avoir pu mieux ranger.
Sous la maison, son métier à tisser, qui est sa seule source de revenus.
Dans les bambous sont accrochés une brosse à dent, un petit miroir, des petits ciseaux. Des détails insignifiants qui accrochent mon regard. Moi qui aie tout.
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Yey Soy:

Les khmers rouge lui ont arraché un oeil,
et l'autre ne fonctionne plus...
Elle vit seule et nous la rencontrons devant sa maison.
Elle vit dans le chemin qui part à droite du marché.
A priori, ses voisins s'occupent un peu d'elle, et sont ravis de nous voir lui apporter des vivres.
Son oeil vide et bleuté reflete le soleil.
Sa maison est une baraque en bois au bord du Mekong.
Toute de bric et de broc.
Un vrai crêve coeur.
Des voisines guident ses pas.
Elle est toute frele, toute tordue... Elle se précipite vers nous autant que ses jambes le lui permettent.
Elle touche mon visage avec ses mains.
Elle semble ravie quand elle comprend que Meng et moi allons revenir avec du riz.
Je reste devant elle comme une conne quand elle entame une prière pour me remercier.
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Yey Pâ:

Elle habite une maison avec un toit en
tole... Srey Sokna (voir plus bas) lui tient compagnie...
Pour accéder jusqu'à chez elle, il faut prévoir de passer dans la boue, les détritus et la végétation. Sa cabane sur pilotis est cachée derrière d'autres.
Elle m'a reçue avec beaucoup de gentillesse en s'excusant que ce ne soit pas rangé, mais la maison est proprette et bien tenue, malgré un dénuement total.
Elle est sourde comme un pot, mais tout sourire...
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Srey Dyoun

Nous sommes partis avec Meng à la recherche
de Dyoun. Arrivés à son cabanon, personne.
Au bout de quelques instants, des enfants sont venus, curieux. Ils nous indiquer que Dyoun était partie passer la journée au nord de l'ile. Une petite fille a pris son vélo, et est allée la
chercher. Nous l'avons ainsi croisée sur le chemin, et lui avons donné rendez-vous plus tard, en lui annonçant qu'on reviendrait avec un panier pour elle.
Son histoire est très touchante encore une fois.
Aveugle de naissance, elle se retrouve toute seule, à la fin de la période khmère rouge...Revenue aveugle et seule, elle fut violée de nombreuses fois ... De ces viols est né un enfant, son seul
soutien aujourd'hui ...
A cette époque des parcelles de terre sont distribuées aux familles revenues... La taille de la parcelle est généralement, calculée sur la base d'une façade de 10 m ,la profondeur théorique est de
60 mètres ...En pratique, il semble que la profondeur aient été aléatoire...Les familles se regroupèrent, et les plus grosses se sont vues attribuer des parcelles attenantes... Srey Dyoun a été
lésée. Seule et sans soutien, impossible pour elle de revendiquer un bout de terrain. C'est à la croyance, qu'elle doit l'emplacement où elle a pu "s'installer" ... Au pied de ce grand arbre, se
trouve un "hôtel" d'un LOK TA ... Le terrain n'appartient à personne sinon à l'ESPRIT du lieu...
Et c'est là qu'elle a sa cabane, un logement sommaire, au pied d'un arbre magnifique.
Elle nous a raconté que les khmers rouge torturaient ses yeux morts en les coupant avec des pointes d'aloe vera ou autre plante pointues...
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Srey Sokhna:

Madame SOKNA, veuve à 30 ans, atteinte du Sida.
Elle subit depuis 10 ans les conséquences des infidélités conjugales non protégées.
La fidélité au Cambodge est une denrée rare. Les hommes vont voir les prostituées très souvent.
Et vu la prolifération de karaoke, salons de massage et autres bars à filles, la tendance n'est pas prete de s'inverser. Le manque d'information est hallucinant. Meme si le gouvernement promet
d'agir... Mais bon, c'est une ressource tellement évidente...
J'ai assisté à tellement de scènes, rencontré et parlé avec ces filles d'à peine une vingtaine d'années, mères, en charge de toute leur famille en province. Elles se donnent pour subvenir à leurs
besoins. Et la famille ferme les yeux tant que l'argent arrive... Leur mari ferme les yeux également... "Baiser c'est la seule solution que j'ai. Peut-être que je rencontrerai un jour un
homme qui prendra soin de moi" me disent-elles crument et simplement. Pendant ce temps, le VIH gagne du terrain.
Le Cambodge compte environ 14 071 000 habitants.
L’Onusida estime à 130 000 personnes environ le nombre de personnes vivant avec le VIH.
36% des femmes et des hommes infectées par le VIH bénéficient d’une thérapie antirétrovirale et 1.4% des femmes bénéficient d’un traitement réduisant la transmission mère-enfant dans le cadre des
programmes nationaux.
[Source : Onusida, Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA, 2006]
Aujourd'hui, l'OMS donne au Cambodge des antirétroviraux... Les soins à Phnom Penh sont gratuits. Cette dame rencontrée accède donc à des thérapies, mais pour cela, il lui faut se rendre à PNH ...
et tout déplacement représente un coût financier, même si le système D est souvent une réponse.
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Yey Maeu

Meng m'a emmenée chez cette vieille dame.
Après une minute, je retourne en moto à la GH récupérer la photo d'elle que Roger m'avait fait passer pour lui montrer...
Sur le chemin, je croise un long serpent qui se ballade tranquille en traversant le chemin! Bon, j'avoue, je me suis pas arretée pour discuter : j'ai plutot mis les gaz pour me dépecher d'arriver!
:-D
Cette dame sourde de plus de 75 ans m'a reçue sur son petit lit de bambous, sous sa maison...
Etonnament alerte, toute en os, elle se hisse dans sa maison, sur sa natte, et trottine dans son bout de jardin.
Elle arrose ses quelques plantes.
Quelques légumes souffreteux qui poussent malgré tout.
L'eau de pluie est récupérée comme partout sur l'ile dans de grandes jarres... Ici, on voit le systeme de récupération en tole pliée, pour la jarre "vaisselle"...
L'ile est surprenante. Pleine de trucs et astuces de survie...
Encore une fois, le riz donne lieu à des remerciements sans fin. Et à des bénédictions à répétition....
Mais en fait, dans le fond de mon coeur, c'est moi qui le remercie de m'ouvrir les yeux et de m'apprendre à regarder...
VOUS DITES?