Il s'agit d'un des lieux de tortures des Khmers Rouges. Rien de tel que reconvertir un ancien lycée en l'aménageant en camp de la mort...
Les Khmers rouges enfermaient à S-21 tous les opposants supposés au régime. Tous les prétextes étaient bons, et des enfants ont été exécutés sous le simple motif que porter des lunettes, ça avait un petit côté intello qui était susceptible de donner la mauvaise idée de penser un peu trop par soi-même.
Je sais. Ca semble exagéré et caricatural.
Si seulement...
Les anciennes classes du deuxième étage servaient de salles de détention communes (Chambre D).
Après leur arrivée et la photo obligatoire de recensement, tous les détenus étaient rassemblés là et numérotés.
Les gens étaient enfermés à environ 50 personnes, allongées par terre en alignements serrés, les familles regroupées. Les pieds des détenus étaient attachées à de longues barres de fer par des anneaux en fonte.
Pas d'eau, une nourriture sommaire, une boite en métal pour faire ses besoins...
Les salles de classe du premier étage
n'étaient pas reliées entre elles à l'origine, mais les khmers rouges ont cassé les murs pour faire un couloir central, des deux côtés duquel ont été fabriquées de petites cellules sommaires en
brique, avec des portes de bois à lucarne carrée, permettant aux gardiens de regarder en permanence ce qui se passait dans les cellules.
Les cellules étaient de taille variable, les plus petites d'environ 1,5m² contenant 3 personnes, parfois plus. Pour certains prisonniers, les gardiens avaient écrit des instructions sur l'intérieur des portes, qui prescrivaient un conseil à respecter pour le détenu. Dans le film S21, l'une de ces instructions est traduite.
Les anciennes classes plus petites, situées dans un bâtiment séparé (bâtiment B), et possédant des fenêtres à barreaux métalliques, servaient de salles de torture individuelles. On y attachait
les prisonniers (hommes ou femmes) sur des sommiers en fer et on les torturait afin qu'ils avouent.
La plupart avouaient des fautes qu'ils n'avaient pas commises. Ce qu'ils disaient était transcrit sur du papier. Lorsque l'aveu ne plaisait pas, le tortionnaire en faisait une boule qu'il jetait dans un coin de la salle, et le prisonnier était à nouveau torturé pour en tirer un nouvel aveu. Les tortionnaires donnaient aux détenus des idées d'aveu : par exemple un lien avec la CIA, le KGB, ou encore un quelconque système démocratique, capitaliste, ou impérialiste.
Les tortionnaires se divisaient en trois groupes : les « Gentils », les « Chauds », et les « Mordants ». Lorsque les prisonniers n'avouaient rien au groupe des Gentils, qui était un groupe politique, ils étaient pris en charge par le groupe des Chauds, et ainsi de suite jusqu'au groupe des Mordants.
Dans le film S21, un ancien gardien décrit l'utilisation d'un sac plastique pour étouffer les détenus, et des pinces pour lui lacérer les chairs.
On voit sur les peintures faites par Vann Nath (peintre ancien prisonnier ayant travaillé de manière forcée pour les dirigeants Khmers rouges) certaines scènes de torture retranscrites, comme le dépôt de scolopendres et autres insectes piqueurs sur le ventre des prisonniers, ou des tortures visant à étouffer les prisonniers à l'aide d'une cuve pleine d'eau dans laquelle on les pendait par les pieds.
Kang Kek Ieu (ou Kang Kech Eav), alias Douch ou Duch, était le maître du complexe de Tuol Sleng, était un ancien enseignant. Il a été inculpé en 2007 pour crimes contre l'humanité.
Les gardiens photographiaient soigneusement les prisonniers au moment de leur arrivée, ainsi qu'avant ou au moment de leur mort, alors que leurs gorges étaient tranchées, leurs corps mutilés par les tortures et si décharnés par la faim qu'ils étaient presque méconnaissables.
Les photographies faisaient partie d'un système destiné à prouver que les ennemis de l'état avaient bien été tués. Les khmers rouges tenaient également des registres d'entrées et sorties des prisonniers (morts ou voués à la mort) de la prison.
Les registres et les photos ont permis de révéler qu'au total environ 10 500 prisonniers y sont restés trois mois en moyenne, en plus des 2000 enfants qui y ont été tués. Duch assignait même des jours spécifiques pour tuer certains types de prisonniers : un jour les femmes de l'ennemi, un autre jour les enfants, et un autre les travailleurs des usines.
Les gardes avaient entre 10 et 15 ans,
et sous l'endoctrinement de leurs aînés, devenaient rapidement beaucoup plus cruels que les adultes. Les règles de l'Angkar (le Parti révolutionnaire) stipulaient que les relations amoureuses
étaient interdites. Le viol permettait donc de satisfaire les instincts des adolescents. Discrêtement.
Sur les 16 000 à 20 000 prisonniers de Tuol Sleng, personne ne s'est échappé. À la libération du camp, il y avait sept survivants.
Les cambodgiens sont encore très supersticieux.
Le musée est réputé être plein de fantômes.
Alors forcément, je les ai traqués...
VOUS DITES?