Cambodge

Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 13:49
Comme vous le savez si vous avez suivi mon blog, mes amis Axel et Atchun rencontrent de terribles difficultés avec leur bébé, la petite Alana, qui a moins de 4 mois...
Il m'a été très difficile d'arriver à exprimer tout ce c'est passé, et d'arriver à retranscrire l'ensemble de hauts et de bas, l'alternance d'espoirs et de peurs qui se sont suivis.
Le seul angle que je trouve est celui très factuel de la description des soins.
Etre près d'eux depuis plus d'un mois déjà, et venir leur apporter mon petit soutien au travers de cette épreuve terrible, m'a donné d'approcher de près la réalité du système hospitalier et médical Cambodgien.

La petite en est malheureusement à sa 7ème opération, car son cas est difficile, et les cauchemars s'enchainent pour ce petit bout de chou...
Pour résumer, elle est née avec une hydrocéphalie. C'est une anomalie neurologique sévère, définie par l'augmentation du volume des espaces contenant le liquide céphalo-rachidien (LCR) : ventricules cérébraux et espace sous-arachnoïdien. De nos jours, ce genre de cas est normalement traité sans problème, et les enfants atteints peuvent vivre une vie normale. 
Mais Alana a fait une hémorragie cérébrale au moment de la naissance.
Kantha Bopha, l'hopital des enfants de Phnom Penh, a procédé à l'implantation chirurgicale dans les cavités du cerveau d’un tube flexible appelé cathéter et qui permet l'écoulement du liquide en excès.  Le bébé a par la suite été évacué une première fois au Vietnam pour un suivi. Puis une seconde fois après mon arrivée pour faire  procéder à une autre intervention, grace à la venue d'un ponte parisien qui a dès lors pris en charge le dossier. L'opération a été un succès, mais hélas, le corps d'Alana ne semble pas tolerer la dérivation implantée de prime abord. Le tuyau a perforé le tube digestif et a été poussé vers la sortie par les voies naturelles. Le problème a été traité de nouveau au Cambodge par opération, mais a été suivi par une infection sévère due très probablement au contact avec les bactéries du gros intestin et de l'extérieur. L'ensemble du dispositif de dérivation, ainsi corrompu, a du être retiré d'urgence.
Mais la petite ne se remet pas bien du tout. Elle a développé dans le meme temps une méningite, et une nouvelle hémorragie cérébrale plus importante... Elle a été transportée en ambulance d'urgence au Vietnam, car le Cambodge ne dispose pas des équipements nécessaires à une nouvelle opération, qui mettrait en place une dérivation externe... Pas de neurochirurgien pédiatrique, ni de chambre stérile pour pratiquer l'opération...

L'attente est terrible, l'espoir s'amenuise, mais mes amis se battent comme des lions, en bravant les frontières. Les trajets sur les routes chaotiques et les passages en bac ont failli avoir déjà raison du bébé...

J'ai accompagné Axel à Kantha Bopha, l'hopital des enfants, pour voir Alana quand elle était traitée ici. C'est impressionnant.
Entendons-nous bien, ces hôpitaux gratuits sont un miracle pour le Cambodge.

Je pique l'excellente présentation de ma copine suisse vivant à Phnom Penh, Sarah, sur son site internet www.sakodo.ch (sans lui demander son avis d'ailleurs, désolée ma belle....)

Beat Richner est né à Zurich le 13 mars 1947. Il termine ses études de médecine en 1973 et se spécialise en pédiatrie à l’Hôpital des enfants de Zurich. En 1974/75, il est envoyé au Cambodge pour travailler à l'hôpital des enfants de Kantha Bopha. Sa mission se termine brusquement lors de la prise du pouvoir des Khmers rouges au Cambodge.

Le Dr Richner a été renvoyé dans son pays, la Suisse où il a repris son ancien travail à l'hôpital des enfants de Zurich. En 1980, avec un de ses confrères, il ouvre son propre cabinet à Zurich.
En 1991, Sa Majesté le Roi Norodom Sihanouk ainsi que le Gouvernement font appel à Beat Richner afin que se dernier restore l’hôpital de Kantha Bopha I. En septembre 1992, Kantha Bopha I est officiellement réouvert par sa Majesté le Roi Norodom Sihanouk.

Tout en poursuivant sa carrière, Beat Richner développe peu à peu le personnage de BEATOCELLO, un rôle artistique où il incarne un clown poétique mélomane. Pendant plusieurs années, il sillonne la Suisse-Allemande avec son violoncelle. Beat Richner a également édité un certain nombre de livres, la plupart du temps des livres pour enfants, pour accompagner ses représentations et ses histoires poétiques musicales.

Fondation KANTHA BOPHA

La Fondation KANTHA BOPHA consiste en 4 hôpitaux pour enfants ainsi qu’un centre de conférence & formation.


Activités annuelles des 4 hôpitaux KANTHA BOPHA

600'000 visites/consultations d’enfants malades
55'000 admissions pour maladies graves
16'000 opérations chirurgicales
400'000 vaccinations
12'000 naissances

Chaque jour

1'000 enfants hospitalisés (durée moyenne de l’hospitalisation 5,5 jour/patient)
2'500 visites aux patients

Sans l’existence des hôpitaux Kantha Bopha 2'800 enfants mourraient chaque mois.  

Les points forts de la Fondation KANTHA BOPHA

Les 4 hôpitaux de Kantha Bopha sont entièrement gratuits (consultations, hospitalisations, opérations chirurgicales, médicaments, etc.). Au Cambodge, il n’y a pas de couverture sociale et 95% de la population est trop pauvre pour pouvoir accéder aux soins. [Meme si depuis la rédaction de cet article, un système de sécu sommaire a été mis en place]

Les hôpitaux fonctionnent 24/24h et emploient 1'650 collaborateurs qualifiés tous de nationalité cambodgienne. Le personnel reçoit un salaire confortable afin d’éviter que ce dernier n’ait recours a un deuxième emploi et enrayer avant tout la corruption.

Les quelques 18 millions de dollars nécessaires au fonctionnement de la Fondation Kantha Bopha proviennent principalement de fonds privés dont seulement 5% sont utilisés pour la gestion administrative. La DDC (Direction du Développement et de la Coopération suisse) finance environ 8% du budget total.

Afin de prodiguer des soins de qualité, les hôpitaux Kantha Bopha sont équipés d’appareils et de laboratoires modernes équivalents aux standards occidentaux.

Pour en savoir plus n’hésitez pas à aller visiter le site officiel www.beatocello.com








La réalité de Kantha Bopha, ce sont des queues sans fin de parents et d'enfants attendant jour et nuits dans la rue. La file entoure tout l'hopital. Les gens attendent sagement que leur tour vienne, encadrés par la police continuellement, qui gère cette foule disparate et misérable. Les bébés exsangues pendent dans les bras de leur mère, tandis que d'autres gamins trainent par terre. Les femmes sont en pyjama, en krama... Certaines, qui viennent d'accoucher, portent un bonnet en laine, comme le veut la tradition... Car accoucher, ça fait un truc à l'ame, et celle-ci risque de s'en aller...

Les gens sont ensuite triés et répartis dans des dortoirs lorsque l'état de l'enfant nécessite une hospitalisation.
J'ai visité ces dortoirs.
Mais bien sûr il est interdit de prendre des photos.
Une soixantaine de lits par salle.
Un parent par enfant est autorisé à dormir sous le lit de son enfant. La plupart emmènent des nattes qu'ils posent sur le sol, ainsi que quelques victuailles...
C'est relativement propre et bien entretenu, si l'on exclut le fait que la plupart des parents passent les nuits dans les rues avoisinantes à meme le sol et reviennent le matin pour s'occuper de leur enfant sans pouvoir se laver.
L'hygiène ne fait pas  partie de l'éducation.
Aucune connaissance médicale.
Ici, on a mal au ventre, mal à la tete, mal au coeur.
On a pas de maladie avec un nom...
Et surtout on ne pose pas de question au médecin... ça ne se fait pas.
L'enfant est malade ou très malade. On ne sait pas vraiment.
Le manque d'éducation saute alors aux yeux. Aucune notion de biologie, aucune notion de médedine sortie des trucs bizarres de grand mères, aucune notion de rien.
"mon enfant a la meme chose que le tien, dit-on à Atchun. Mais au pied..."
Same same, but different... Expression qui fait rire. Ou s'arracher les cheveux comme ici.
Des enfants meurent dans les lits d'à côté. On espère juste que ce sera pas le sien. Et pour se protéger des mauvais esprits, on pose un couteau sous l'oreiller du bébé. Comme ça il pourra se défendre si un esprit vient pour le prendre...

C'est la réalité que mes amis vivent.
Terrible pour elle, khmère, qui espère néanmoins que des solutions pourront être trouvées auprès d'autres médecins que les siens, tant elle est désespérée de tout son coeur de mère qui apprend violemment tout ce qu'elle ne peut pas connaitre et doit se reposer sur des échanges qu'elle ne comprend pas.
Terrible pour lui, français, qui se sent impuissant face à un système qui de plus l'éconduit car il est étranger. Et donc susceptible de créer des problèmes...Car il se battra pour sa fille jusqu'au bout et demandera des explications, sinon des comptes.
Terrible pour nous autour qui réalisons l'immense gap entre nos pays et le leur.
Et qui réalisons ce que c'est que d'avoir à faire face à une urgence vitale dans un pays comme celui-ci. 
Beau.
Facile.
Démuni.

Mais qui garde le sourire pour ne pas gèner. Pour ne pas perdre la face. Car la face, au final, c'est tout ce qu'ils ont.

je sais pas si je suis  cohérente dans ce que je raconte, mais c'est du brut.
Comme je le vis.
Et même si ce ne sont pas mes trippes qui sont en jeu, je souffre pour eux et avec eux.
Comme je le peux.
En rageant d'être impuissante.

Par TiF. - Publié dans : Cambodge - Communauté : Tour du monde
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 19:12


































Par TiF. - Publié dans : Cambodge - Communauté : Tour du monde
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 18:05
Salut les petits poulets briochés,

Aujourd'hui, je suis allée prendre quelques clichés de Tuol Sleng, alias S21...
J'ai visité l'école prison en compagnie d'une famille khmère, très heureuse de se greffer à mon guide et moi pour la visite... Il faut dire que je leur inspirais confiance, car j'étais arrivée en amazone triomphante sur la mobylette de mon motodop... Et ça, les khmers, ça les impressionne tous enormément de la part d'une occidentale !

A noter... Les khmers sont très prévoyants. Des pancartes annoncent sur place qu'il est interdit de se marrer en regardant les photos des victimes, les salles de tortures, les clichés de morts violentes, les restes humains exposés etc... On sait jamais.
Dieu que j'aime ce pays et ses contradictions.
Trêve de plaisanterie...

J'ai pris en photo certains détails ou vues qui m'ont marquée. Des regards sur les clichés.... L'attitude des enfants qui visitaient avec moi...J'ai mixé les images ici.
Ca fait bizarre de se dire que tout se passait alors que j'étais bébé, en France, dans les bras de ma maman...

S21....

Il s'agit d'un des lieux de tortures des Khmers Rouges. Rien de tel que reconvertir un ancien lycée en l'aménageant en camp de la mort...

Les Khmers rouges enfermaient à S-21 tous les opposants supposés au régime. Tous les prétextes étaient bons, et des enfants ont été exécutés sous le simple motif que porter des lunettes, ça avait un petit côté intello qui était susceptible de donner la mauvaise idée de penser un peu trop par soi-même.

Je sais. Ca semble exagéré et caricatural.

Si seulement...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les anciennes classes du deuxième étage servaient de salles de détention communes (Chambre D). 

Après leur arrivée et la photo obligatoire de recensement, tous les détenus étaient rassemblés là et numérotés.

Les gens étaient enfermés à environ 50 personnes, allongées par terre en alignements serrés, les familles regroupées. Les pieds des détenus étaient attachées à de longues barres de fer par des anneaux en fonte.

Pas d'eau, une nourriture sommaire, une boite en métal pour faire ses besoins...

 

 

 

 

 

Les salles de classe du premier étage n'étaient pas reliées entre elles à l'origine, mais les khmers rouges ont cassé les murs pour faire un couloir central, des deux côtés duquel ont été fabriquées de petites cellules sommaires en brique, avec des portes de bois à lucarne carrée, permettant aux gardiens de regarder en permanence ce qui se passait dans les cellules.

Les cellules étaient de taille variable, les plus petites d'environ 1,5m² contenant 3 personnes, parfois plus. Pour certains prisonniers, les gardiens avaient écrit des instructions sur l'intérieur des portes, qui prescrivaient un conseil à respecter pour le détenu. Dans le film S21, l'une de ces instructions est traduite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les anciennes classes plus petites, situées dans un bâtiment séparé (bâtiment B), et possédant des fenêtres à barreaux métalliques, servaient de salles de torture individuelles. On y attachait les prisonniers (hommes ou femmes) sur des sommiers en fer et on les torturait afin qu'ils avouent.

 

La plupart avouaient des fautes qu'ils n'avaient pas commises. Ce qu'ils disaient était transcrit sur du papier. Lorsque l'aveu ne plaisait pas, le tortionnaire en faisait une boule qu'il jetait dans un coin de la salle, et le prisonnier était à nouveau torturé pour en tirer un nouvel aveu. Les tortionnaires donnaient aux détenus des idées d'aveu : par exemple un lien avec la CIA, le KGB, ou encore un quelconque système démocratique, capitaliste, ou impérialiste.

 

Les tortionnaires se divisaient en trois groupes : les « Gentils », les « Chauds », et les « Mordants ». Lorsque les prisonniers n'avouaient rien au groupe des Gentils, qui était un groupe politique, ils étaient pris en charge par le groupe des Chauds, et ainsi de suite jusqu'au groupe des Mordants.

Dans le film S21, un ancien gardien décrit l'utilisation d'un sac plastique pour étouffer les détenus, et des pinces pour lui lacérer les chairs.

 

On voit sur les peintures faites par Vann Nath (peintre ancien prisonnier ayant travaillé de manière forcée pour les dirigeants Khmers rouges) certaines scènes de torture retranscrites, comme le dépôt de scolopendres et autres insectes piqueurs sur le ventre des prisonniers, ou des tortures visant à étouffer les prisonniers à l'aide d'une cuve pleine d'eau dans laquelle on les pendait par les pieds.

 

 

 

 

 

 

Kang Kek Ieu (ou Kang Kech Eav), alias Douch ou Duch, était le maître du complexe de Tuol Sleng, était un ancien enseignant. Il a été inculpé en 2007 pour crimes contre l'humanité.

Les gardiens photographiaient soigneusement les prisonniers au moment de leur arrivée, ainsi qu'avant ou au moment de leur mort, alors que leurs gorges étaient tranchées, leurs corps mutilés par les tortures et si décharnés par la faim qu'ils étaient presque méconnaissables.

Les photographies faisaient partie d'un système destiné à prouver que les ennemis de l'état avaient bien été tués. Les khmers rouges tenaient également des registres d'entrées et sorties des prisonniers (morts ou voués à la mort) de la prison.

 

 

Les registres et les photos ont permis de révéler qu'au total environ 10 500 prisonniers y sont restés trois mois en moyenne, en plus des 2000 enfants qui y ont été tués. Duch assignait même des jours spécifiques pour tuer certains types de prisonniers : un jour les femmes de l'ennemi, un autre jour les enfants, et un autre les travailleurs des usines.

 

Les gardes avaient entre 10 et 15 ans, et sous l'endoctrinement de leurs aînés, devenaient rapidement beaucoup plus cruels que les adultes. Les règles de l'Angkar (le Parti révolutionnaire) stipulaient que les relations amoureuses étaient interdites. Le viol permettait donc de satisfaire les instincts des adolescents. Discrêtement.

 

 

 

 

Sur les 16 000 à 20 000 prisonniers de Tuol Sleng, personne ne s'est échappé. À la libération du camp, il y avait sept survivants.

 

Les cambodgiens sont encore très supersticieux.

Le musée est réputé être plein de fantômes.

Alors forcément, je les ai traqués...

 

 

 

 

 

 

 

Par TiF. - Publié dans : Cambodge - Communauté : Tour du monde
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