Humeurs changeantes (je suis comme ça moi)

Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /2009 16:21

Jour 1.
Je suis revenue.

A peine sortie de l'aéroport, l'odeur de la chaleur me happe; elle me remplit. Je suis heureuse. Bien.
Chez moi. Un peu.
Les mots me reviennent. Un peu de khmer sommaire, qui fait que le taxi est ravi.
La rue défile. Je regarde. Je souris un peu bêtement.
Le Cambodge. il m'a manqué.
Mes fringues me collent à la peau. Pekin / Phnom Penh c'est pas le même temps.

J'arrive devant l'Eye. Le temps de se garer et j'aperçois Nico qui semble très affairé.
Il me laissait un mot, car il ne savait pas à quelle heure j'arrivais.
10 minutes plus tard, un pull en moins, un T-shirt propre sur le dos, j'ai posé mes affaires dans la chambre et suis déjà sur son scooter, direction la Breizh.
Une première soirée tranquille, à échanger simplement autour d'un verre.
Un petit tour au Heart of Darkness, puis chez Poncho pour dire que je fête mon arrivée.
Axel et Atchun ne sont pas là, ils sont au Vietnam avec Alana depuis quelques jours.
Je les verrai plus tard. Là je veux juste dormir, bercée par les bruits de la nuit de Phnom Penh.

Jour 2.
Réveil lourd.
Petit déj tranquille.
Discussion avec Nico.
J'ai plein de choses à faire, de mails en retard.
Je retrouve la rue 110, familière. Les visages.
Srey Mom se rue sur moi, toute heureuse de me revoir. Elle travaille au Blue Cat, le bar d'à côté.
Les gens de l'agence de voyage me saluent également.
Et Nico m'annonce qu'Axel et Atchun arrivent en début de soirée.
Le temps de rencontrer Auray, l'ami d'Etienne, qui travaille dans une grosse ONG ici.
Puis Atchun arrive, Alana dans les bras, toute petite, toute fragile.
Je monte la voir quelques instants plus tard. Je suis heureuse de les retrouver et de contempler ce petit bébé pour qui la vie commence bien durement.
On papote. Je vois les émotions qui passent dans les yeux d'Atchun qui m'explique son drame, ses peurs, sa joie.
Pareil pour Ax. J'ai le coeur en vrille, la tête en miette.
Je comprends, j'assimile les informations que tous deux me donnent sur la maladie de leur fille chérie, et sur les difficultés qu'ils rencontrent chaque jour dans ce pays...
L'angoisse. Celle de se retrouver dans un dortoir de 60 lits à l'hopital des enfants, et de voir chaque jour des petits disparaitre autour d'eux. La crainte des maladies neusocomiales qui sont plus fréquentes ici. Et pour cause...
L'énervement. inévitable face au manque d'informations. Les médecins n'ont pas l'habitude des questions ici. Alors ils évitent de répondre.
La quête de réponses.
Les écueils terribles de la traduction.
La peur au ventre.
L'impuissance.
La peine.
La douleur qui rend fou.
L'envie de hurler.
L'inquiétude permanente.
Le changement de priorités.
La colère.
La rage.
La perte de tout repère.
La culpabilité. Toujours à portée de coeur.
La rancoeur sourde vers la personne qu'on aime. Celle terriblement humaine dont on n'arrive pas à se défendre.
L'envie de tout exploser.
L'urgence de rester en ligne.
L'amour. Envers et contre tout...



Je suis muette.
Stupéfiée.
J'avais tenté d'imaginer  le pire. Je suis loin du compte.
Je peux juste être là. Un peu. De mon mieux.
Comme une conne.
Je pense à la chance qu'a ma nièce. Ma famille.
A ma chance.


Jour 3
Je me remets de la soirée.
On a parlé tard avec Ax et Thomas.
De tout, de rien.
Parce qu'il faut pouvoir évacuer.
La journée passe tranquillement, je suis juste heureuse de les voir.
Il faut que je m'organise pour la suite à Koh Dach.
Pas mal de mails qui arrivent.
La surprise du don important de cette allemande que j'ai croisé pendant deux heures à Shanghai.
Ca me touche beaucoup de savoir que mon petit projet parle à des inconnus.


Jour 4
Levée tôt pour passer la journée avec Atchun qui a confié la petite à sa soeur. Celle-ci la relaye et s'en occupe la journée.
Journée de filles.
Coiffeur pour être jolies... Ou simplement pour se laver la tête.
Quand on rentre, Alex, un ami d'Ax, a amené sur place un de ses collaborateurs, médecin, qui connait le grand ponte spécialiste en neuro-chir de l'hopital Necker. Celui-ci doit se rendre au Vietnam très bientôt, et il se propose de contacter les équipes sur place pour exposer le cas d'Alana, en vue de l'arrivée de celui-ci.
Atchun est bouleversée de joie. Elle a la gorge serrée. Elle broye ma main, me demande de traduire, d'expliquer.  Meme si elle ne comprend pas tout : y'a des gens qui s'occupent de son bébé, et c'est tout ce qui compte.
On continue la journée toutes les deux...
Option shopping... Tuktuk direct pour Sorya.
Essayages de vêtements, de chaussures, de bijoux...
Déjeuner tardif entre copines...
Ca me fait plaisir de la voir rire, et sourire.
Meme si l'ombre est toujours là, dans ses yeux noirs...
On rentre vers 18h en tuktuk sous une bonne pluie imprévue.
On a notre butin à la main. Atchun est ravie.....
Axel nous annonce alors l'improbable.
Le grand ponte est déjà au Vietnam.
Le réseau a fonctionné, et Alana devrait être opérée la semaine prochaine par endoscopie. Le premier rendez-vous est pris pour dans 3 jours. On est vendredi, et bien sur, va falloir faire très vite pour les visas. Pour tout organiser.
Mais c'est une putain de bonne nouvelle...
Je finis la soirée avec Atchun, on sort toutes les deux histoire de parler.  Encore et encore.
Parce que ça fait du bien... Parce que sinon on devient fou.

Jour 5
Tuol Sleng

Jour 6
La tension monte.
Demain matin ils partent au Vietnam.

Et moi, de mon tout petit côté, à Koh Dach.
Pour faire quelque chose. Un peu.
Parce que ça fait chier de pas pouvoir en faire plus.
Parce que je vais apporter des vivres à des femmes que je ne connais pas.
Sur une ile très pauvre.

Et que je me dis, égoistement, que ce sera plus simple.











Par TiF. - Publié dans : Humeurs changeantes (je suis comme ça moi)
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 21 mars 2009 6 21 /03 /2009 11:25
Coucou à tous!

ON me faisait remarquer, certainement à juste titre, que le ton de mon blog était assez ado, peu profond, et somme toute assez impersonnel.
Ecrire pour tous est un exercice assez difficile, car on se révèle trop ou pas assez. De plus, comment, en quelques lignes, traduire les innombrables impresssions d'un voyage quotidien, de toutes infimes secondes où le regard capte, et l'esprit tisse?
La plupart d'entre vous connaissent mon histoire, les raisons de ce voyage, et combien j'ai pu être éprouvée ces derniers mois. Certains soupçonnent l'ampleur de mon chagrin, quand d'autres ne le comprennet qu'à peine.
Chaque jour qui passe est un pas vers un apaisement qui se construit petit à petit à travers des rencontres, des flashs, des kilomètres de beauté différente qui s'étirent devant mes yeux.
Petit à petit ces images viennent imprimer ma rétine et s'appliquer en couches subtiles pour couvrir celles, toujours rémanentes, de mes souvenirs endeuillés d'un amour qui a si totalement foiré qu'il m'a laissé comme morte à l'intérieur.

Voyager c'est se remplir.

C'est intégrer les différents éléments, être soudainement pris par une fraction de petite chose, ou terrassé par la magnifiscence.

C'est être seul au milieu de tous, et parfois tellement soi qu'on en entend son propre coeur pomper du sang danss la poitrine. C'est également se forcer, avoir l'envie d'aller au delà, même si ce n'est pas si simple de se laisser guider par sa propre curiosité comme moteur.
C'est également saisir des opportunités, changer de plans au gré des humeurs, céder à des invitations du hasard, aller plus loin que sa flemme.
C'est également avoir envie de se poser parfois, pour quelques heures, au même endroit pour profiter. Simplement. Regarder, sentir, plonger en soi comme dans une eau troublée.

C'est une suite de sensations. De pensées. Qui vont de soi à l'autre, aux autres. De constats en interrogations, parfois de regrets, remords en suprises délicieuses.

Ca fait relativiser. Sur soi, sur son éducation, sur ses attentes, sur ses besoins, sur les a prioris, sur les autres cultures, et pas uniquement celle du pays qu'on visite, mais également sur celles des autres visiteurs. Sur les relations humaines en général. Celles du coeur, celles du portefeuille. Sur l'empathie comme l'agacement.

Je profite des sourires, des yeux rieurs, tout en étant aussi exaspérée par les constantes sollications de "buy me this" que touchée, émue, troublée, "interpellée" (J'ai une sainte horreur de ce mot) par une réalité, une histoire.
Il faut constamment conjuguer observation, détachement, coup de coeur, etc...

Sinon, c'est apprendre des autres. Différemment. Chaque rencontre est source de révélation, aussi minime soit elle.

Je m'ouvre un peu plus aux autres ces derniers jours. Car ces premiers mois ont été relaativement solitaires ou protégés. ll a fallu 2 australiens plus j'm'en foutistes que les autres  pour passer outre la carapace et m'embarquer pour de francs fous rires, et me rappeler que j'ai de la joie en moi. Et que la légereté est gracieuse.
Je les ai vu faire, s'organiser, interagir, provoquer les discussions et les rencontres avec la personne d'a coté, simplement et joyeusement. Je les ai également vu passer à autre chose, simplement et sans regret. Naturellement. En avançant à chaque étape. En attendant rien de l'autre qu'une simple conversation.
Pourquoi s'emmerder à être obscur, sombre, dans son coin, quand il est si simple de profiter?

Cela m'a rappelé à quel point l'amitié avait pu jalonner ma vie, avec ses grands bonheurs et ses déceptions. Le lien humain amical est une chose fragile et complexe. Mes récits ou photos sur Facebook ont engagé des relations avec des personnes que je ne soupçonnais pas pouvoir intéresser , tandis que le silence de certains qui m'étaient pourtant chers a cessé de me désoler.

Je ne sais pas combien de fois par jour, je me dis "tiens, il faudra que je raconte ça. Que je décrive cette instant précis dans sa parfaite complétude." Certaines heures passées avec moi-même sont si riches qu'elles en deviennent innénarrables, hélas.  Alternant une douceur que je crevais de ne plus ressentir, de la couleure, du ressentiment, de la joie pure de celle qui colle les larmes aux yeux, parce que c'est juste beau et plus grand que toi.

Et puis il y a également les hasards de la musique. Celle des bars où mes pas m'emmènent, celle des gens qui chantonnent sans complexe partout, et qui me rappellent que je musèle constamment. Celle des moines qui officient. Celle qu'on happe au détour d'une rue en passant en scouter. Toutes ces couleurs de sons qui te prennent sans crier gare.

Et les regards. Ceux qui te sont destinés ou non. Ce que tu perçois de l'âme de chacun dans une fraction d'éternité et qui laissent en toi une trace indélébile et multiple.

Et les couleurs elles-mêmes. Crues. Absolues. Comme si regarder t'enlevait le voile que t'avais devant les yeux. Comme si tu polarisais ton univers.

Là je sirote un thé, bercée de la folk, dans un bar sympa où Che Gueverra fait de la pub pour Coca Cola, tandis que Bono (chanteur de U2) est déguisé en superman. Ca se remplit doucement car le jour tombe. Mais je savoure une précieuse solitude en vous parlant. Tout en ne sachant pas du tout où mes doigts, qui tappent automatiquement en suivant le cours de ces pensées, vont me mener.

J'ai également beaucoup réfléchi au fait que ce blog n'est pas beaucoup documenté. Au fait que je ne développe pas des lignes entières sur la culture elle-même, sur la topographie, l'histoire. Ce que j'aime dire, c'est le quotidien. Le simple. Je trouve bcp plus enrichissant de voir les gens et les scènettes du jour et de la nuit que de participer à un cours magistral sur les batailles Viet/US.
Je m'amuse de petites choses, et profite intensémment de ce qui se donne à moi.

ça fait maintenant plus de 2 mois que je suis partie. J'ai du calculer pour le savoir. Car le temps, oui, le temps, n'a pas la même valeur dans ce contexte. C'est à travers lui que l'on peut percevoir sa propre libérté.
Il n'est de précipation ou d'urgence que lorsque je le décide. Je le modèle comme je le désire et mes heures m'appartiennent. Je les allonge ou les rétrécie selon mon bon vouloir.

Cette après midi, je suis allée à la plage. Je n'avais pas mon maillot. Mais un bouquin. Et moi. Et j'ai pris un véritable plaisir à rester sous mon parasol, à regarder, lire, penser. C'est dommage de ne pas s'être baignée, me direz-vous... Mais vous savez quoi : je n'avais pas d'obligation, car je pourrai le faire demain ou après demain...

D'aucun(e) me répondra que ce n'est pas là la "Vraie Vie".
Oui et non. C'est celle que chacun devrait pouvoir gouter au moins une fois. Retrouver le temps de l'enfance où les journées ne se passent pas en un clin d'oeil, et  les semaines ne s'avalent pas en une bouchée. "Hier c'était Noel, et on est déjà en Septembre..." Ici, je me dis qu'hier j'étais ailleurs et que ça me semble déjà très loin. Quant à demain... Demain m'apporte la certitude que même s'il ne me promet rien, il me donnera quelque chose et ne ressemblera à aujourd'hui qu'à l'unique condition que je le souhaite ainsi...

Et tout ça, c'est bon...
Par TiF. - Publié dans : Humeurs changeantes (je suis comme ça moi)
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /2009 05:35
Hello mes parents et amis,

Aujourd'hui j'ai 33 ans au Cambodge, et c'est bizzare d'etre loin. C'est bizzare d'avoir un an de plus, et de se dire que l'on ne peut pas stopper le temps.
C'est bizzare de commencer une nouvelle annee de sa vie seule, avec tant d'amour en stock.

Mais bon, c'est aussi une autre aventure, une année à part qui s'annonce, et plein de  choses à voir, à ressentir, et à prendre autant qu'à donner.

Je vous embrasse tous tres fort :)

Par TiF. - Publié dans : Humeurs changeantes (je suis comme ça moi)
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
 
Créer un blog gratuit sur OverBlog - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés